Le Temps Interview vom 20.02.2017: Andreas Freimüller, militant de gauche alémanique: «Donald Trump doit être déclaré persona non grata»

Montag, 20. Februar 2017

Campax, association créée en Suisse alémanique par un ancien militant de Greenpeace devenu expert en campagne politique, s’est fait remarquer par deux actions contre le président Donald Trump. Elle ne compte pas en rester là.

Une poignée de militants a remis lundi à la Chancellerie fédérale à Berne, une pétition munie de 9500 signatures pour réclamer que Donald Trump soit déclaré «persona non grata» dans le pays. Objectif: protester contre la politique du président américain et son décret anti-immigration. Derrière cette action symbolique: l’association Campax, nouvelle venue dans l’arène politique helvétique. Elle s’était déjà fait remarquer par une autre action contre Donald Trump, réclamant via des milliers de mails envoyés au CEO de Twitter la fermeture du compte du président américain, pour cause d’appels à la haine.

Nous avons rencontré son cofondateur, Andreas Freimüller, 47 ans, bien connu dans les coulisses de la gauche alémanique. Après dix ans de militantisme pour Greenpeace, il a cofondé une société de conseil en campagne politique, Kampagnenforum, qui compte parmi ses clients nombre d’ONG ou d’organisations écologistes, comme Amnesty International ou le WWF. Avec Campax, il ambitionne de devenir rien de moins que la plus grande force de mobilisation hors des partis traditionnels.

Le Temps: Pourquoi faire une pétition pour bannir Donald Trump de Suisse tout en sachant que cela n’arrivera pas. Une action purement symbolique?

Andreas Freimüller: Oui, c’est symbolique, c’est aussi tactique. Il ne faut pas sous-estimer la force des symboles en politique. Si Donald Trump a été élu, c’est aussi parce qu’il a su utiliser des images puissantes. Avec notre action, nous voulons jouer le rôle d’instance de contrôle du pouvoir américain. Le président des Etats-Unis est parmi les hommes les plus influents du monde. J’ai trois enfants et je redoute ce dont Donald Trump est capable. Je suis convaincu qu’avec lui, la paix dans le monde est en danger.

Le Temps: Mais il a été élu par les Américains. Que peut une petite organisation suisse contre lui?

Andreas Freimüller: Nous pensons justement que son élection ne concerne pas que les Américains. Et nous voulons dire aux Suisses qui s’inquiètent des conséquences de ce choix qu’ils peuvent, eux aussi, faire entendre leur voix. Depuis que Donald Trump est au pouvoir, la société civile se réveille aux Etats-unis, mais aussi dans d’autres pays. Des organisations naissent pour dire à Donald Trump: «Nous t’avons à l’œil.» Nous en faisons partie.

Le Temps: Votre association, Campax, se destine-t-elle uniquement à critiquer le président américain?

Andreas Freimüller: Non, nous n’avons pas vocation à devenir une organisation anti-Trump. Nos premières actions se dirigent contre lui parce qu’il est, actuellement, notre sujet de préoccupation numéro un. Mais nous comptons aussi mener des campagnes fortes, agiles et courageuses sur d’autres thèmes, en Suisse, qui correspondent à nos valeurs. Par exemple la stratégie énergétique, objet de votation en mai prochain. Nous avons l’ambition de devenir, d’ici à trois ans, le plus grand canal de mobilisation des forces progressistes du pays. Si nous parvenons à atteindre un public de 350 000 personnes, nous pourrions réunir suffisamment de voix pour faire la différence lors d’une votation.

Le Temps: Pourquoi ne pas s’associer avec des mouvements déjà existants, comme Operation Libero, ou militer au sein d’un parti?

Andreas Freimüller: Nos méthodes sont similaires, mais les fondateurs d’Operation Libero sont trop libéraux à mon goût. Campax s’engage davantage pour la solidarité sociale, pour une économie qui tienne compte de l’écologie et contre les inégalités. Quant aux partis, je suis membre du PS depuis des années, mais je pense que nos campagnes seront plus dynamiques hors des partis traditionnels.

Le Temps: Comment comptez-vous survivre financièrement?

Andreas Freimüller: Nous avons un financement de départ de 80 000 francs, issus de dons de deux mécènes. Ce montant suffira pour les six premiers mois de l’année. A l’avenir, nous compterons sur davantage de dons individuels.

Le Temps: Quels sont les ingrédients d’une bonne campagne politique?

Andreas Freimüller: C’est une question de storytelling. Le message doit être impertinent, mais pas amer, et donner l’impression au public qu’il peut changer quelque chose. La communication, c’est la foi, sans Jésus.

Quelle: Le Temps vom 20.02.2017

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